Albert Baronian

Xavier Noiret-Thomé

14 September 2007 — 20 October 2007

Rue Isidore Verheyden 2

“En un peu plus d’un an, Xavier Noiret-Thomé (France, 1971, vit à Bruxelles) a visiblement beaucoup travaillé cherchant à atteindre le magma du langage pictural, celui d’où surgit la peinture. Ses toiles monochromes argentées et matiéristes jouent à la fois de l’effet miroir et de la transparence, elles correspondent à son travail antérieur dont elles accentuent certains aspects notamment au niveau de la réalisation. L’artiste juxtapose d’une toile à l’autre plusieurs pratiques tout en offrant une surface qui laisse deviner des dessous sans les révéler si ce n’est dans la distance et l’incertitude. Il explore les manières de peindre dont certaines ont fait florès au cours du siècle de modernité sans pour autant avoir épuisé leur potentiel, de la gestualité au matiérisme.

 

La nouvelle série des grandes peintures n’apporte pas un autre comportement mais aborde la problématique picturale par un autre biais. La surface, encore parfois occupée par une zone nuageuse, s’ouvre sur l’horizon comme si le ciel s’était soudain dégagé, laissant apparaître, non pas une belle et tranquille uniformité, mais des humeurs variables avec lesquelles il faut impérativement composer. L’artiste plonge ainsi au cœur même de la peinture dont il retient des composantes apparemment hétéroclites qui ressemblent à un fond dans lequel il suffit de puiser. Ce faisant il se réapproprie la plupart des éléments du langage auquel il tente de donner consistance et cohérence. Faisant craquer la surface, il retrouve aussi la profondeur de champ, les couleurs, et tout ce qui constitue un espace pictural dont on sait qu’il est totalement illusionniste.

 

Et l’artiste ne se prive de rien, mixant le tout, du signe à la trace, de la tache à la hachure, de la grille à la forme géométrique, du noir arachnéen au bombage fluo, au collage linéaire, au mot… Un demi-siècle d’expérimentation pictural est totalement annexé, revu et réutilisé en des propositions néo-modernistes. Cette pratique permet à l’auteur de reprendre le chemin de la peinture sans se leurrer, sans se mentir, en traquant de nouvelles formulations et en forçant le vocabulaire à des exercices inédits parfois périlleux.

Quelques dessins, quelques petites peintures , disent à quel point cette voie redevenue expérimentale n’entend rien se refuser, ni la sensibilité, ni la vibration rétinienne, ni le concept, ni la figure humaine. A suivre de plus près.”

 

Claude Lorent, Les dessus et les dessous de la peinture, 2004